Guide pour la formation d’animateurs à l’intégration d’enfants en situation de handicap dans les activités extrascolaires

Par Philippe Tremblay, Géraldine poncelet, Frédérique Maerlan – BADJE 2e édition


Sensibiliser signifie « rendre quelqu’un, un groupe, réceptif à quelque chose ».

Sensibiliser à l’intégration des enfants porteurs de handicap c’est « faire évoluer des attitudes, des comportements et réfléchir face au sens et aux multiples avantages qu’apporte l’accueil d’un enfant porteur de handicap dans les milieux d’accueil extrascolaire ».

La représentation du handicap

Lors d’une formation, chaque participant arrive avec son vécu, son histoire, ses expériences en lien ou non avec le monde du handicap. Souvent, chacun a des idées préconçues, des stéréotypes, des peurs, etc., à propos du handicap et de l’intégration. Que les sentiments soient, par exemple, de la répulsion ou de la pitié, il est important de les repérer et de faire en sorte qu’ils évoluent.

La sensibilisation est le premier pas vers la construction d’une vision plus proche de la réalité des personnes handicapées.

Il convient de prendre en considération les expériences personnelles des participants. Ce sont elles qui alimentent leurs représentations.

  • Le participant a-t-il un frère, une sœur, un ami, un voisin porteur d’un handicap ?
  • A-t-il déjà participé à une activité extrascolaire avec des enfants porteurs de handicap ?
  • Comment l’a-t-il vécue ?
  • Comment perçoit-il les différents types de handicap ?

Certaines activités de sensibilisation en groupe permettent d’aborder les notions de handicap et d’intégration. Il est aussi intéressant d’initier un débat, un brainstorming ou une discussion collective au départ d’une chanson, d’un texte, d’une image….

Des témoignages de personnes handicapées ou d’animateurs expérimentés en intégration peuvent aussi favoriser les échanges.

Vivre l’exclusion et le handicap


Vivre l’exclusion

La différence ne se limite pas au monde du handicap et il peut être bon de réfléchir à ses propres différences, à celles qui excluent et celles qui n’excluent pas. En Belgique, la personne handicapée est essentiellement en situation de ségrégation. En effet, les écoles et centres d’accueil sont des institutions spécialisées où le public n’est composé que de personnes handicapées. Ces dernières sont donc coupées du reste du monde. Leurs interlocuteurs quotidiens sont des professionnels du handicap : kinésithérapeute, logopède, éducateur spécialisé, etc.

Malgré les aspects positifs de la spécialisation, l’impression d’être exclu (et/ou de développer une attitude d’exclu) peut être réelle. L’exclusion peut aussi se vivre lors d’une intégration.

En effet, mettre en présence un enfant handicapé avec d’autres enfants n’implique pas nécessairement l’émergence d’échanges entre ceux-ci. Nous verrons plus tard les conditions nécessaires à une réelle intégration.

Vivre le handicap

La tendance forte à la spécialisation de la prise en charge des personnes handicapées a pour effet une large méconnaissance par la population de ce qu’elles vivent au quotidien.

De manière générale, les gens éprouvent une réelle difficulté à prendre conscience des obstacles qui, dans le mode d’organisation de notre société, entravent sans cesse la vie des personnes moins valides.

  • Faire émerger les représentations des participants sur le handicap
  • Sensibiliser à la différence et démystifier le handicap
  • Faire évoluer la prise de conscience par rapport au vécu de la personne handicapée
  • Donner des moyens aux participants pour entreprendre un projet d’intégration

Par ailleurs, parler du handicap n’est pas chose aisée, le vivre le temps d’une animation peut provoquer des réactions et émotions fortes. En fonction de leurs expériences (positives et négatives), les participants sont plus ou moins disposés à vivre la différence mais aussi à en parler. Cela représente toujours un investissement personnel. Amener les participants à être eux-mêmes en situation de handicap favorise une prise de conscience. Elle permet d’amorcer les questions essentielles que sont :

  • que veut dire être handicapé ?
  • Comment se passe la vie quotidienne quand on a un handicap ?
  • Comment vais-je devoir préparer l’intégration ?
  • Que va-t-elle apporter aux enfants ?
  • Que va-t-elle m’apporter ?
  • etc.

Le vocabulaire

Soulignons l’importance du vocabulaire à utiliser pour parler de l’enfant porteur de handicap. Certains mots usités proviennent en réalité de préjugés. D’autres ont tendance à réduire l’enfant à son handicap tels le handicapé, le sourd voire le débile.

Par mimétisme, les enfants intégrants ont tendance à utiliser le vocabulaire de l’adulte. Il est donc important de bien choisir ses mots.


Un enfant handicapé est d’abord un enfant.

Il est toujours préférable de le désigner par son prénom plutôt que de le réduire à son handicap.

De manière globale, lorsque l’on parle de personnes handicapées, on énonce avant tout le fait que ce sont des personnes, sans les réduire à leur handicap. C’est pour cela que l’on emploie les dénominations telles que enfant en situation de handicap, enfant malentendant, personne handicapée, etc.

Par ailleurs, lorsqu’il s’agit d’une intégration de plusieurs enfants porteurs de handicap, il est plus judicieux de ne pas les stigmatiser et d’éviter la distinction entre enfants handicapés à et enfants normaux.

Voici quelques termes qu’il est utile de clarifier avec les participants lors d’une sensibilisation à l’intégration d’enfants porteurs de handicap :

le handicap : limitation d’interaction d’un individu avec son environnement. La personne porteuse de ce handicap rencontre des difficultés pour exercer des activités auxquelles peut se livrer une personne appartenant au même groupe d’âge et de sexe. Le handicap est la conséquence d’une déficience ou d’une incapacité :

  • déficience : perte ou altération d’une fonction psychologique, physiologique ou anatomique, entraînant certaines incapacités, sans pour autant atteindre forcément l’ensemble de la personnalité.
  • incapacité : toute réduction totale ou partielle, résultant d’une déficience de la capacité d’accomplir une activité d’une façon ou dans les limites considérées comme normales pour un individu.

le stéréotype : « idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir »/ 1.

la normalité : souvent, le terme utilisé pour définir un enfant non porteur d’un handicap est enfant normal. Le mot normal est défini comme étant « Qui est conforme à une moyenne considérée comme une norme ; qui n’a rien d’exceptionnel ; ordinaire, habituel ».

La personne valide : dans le langage courant, le terme valide est souvent utilisé pour définir une personne non handicapée. Valide se définit « en bonne santé, sain, vigoureux ».

 L’intégration extrascolaire : elle a pour objectif d’accueillir tous les enfants (porteurs de handicap ou non) avec une participation maximale de chacun d’entre eux.

En opposition à l’intégration : la ségrégation.

La ségrégation : elle signifie, dans la situation de l’accueil extrascolaire, organiser un accueil spécialisé réservé aux enfants porteurs de handicap.

L’adaptation : l’adaptation suppose un ajustement réciproque des personnes handicapées et valides, en prenant en compte les besoins des uns et des autres dans toute amélioration de l’environnement physique et psychologique.

Le droit à l’intégration : L’intégration extrascolaire représente un bénéfice pour beaucoup de personnes : l’enfant porteur de handicap, en premier chef, mais également sa famille, les autres enfants accueillis et leurs familles ainsi que les professionnels de l’accueil extrascolaire. Cet avantage tient principalement dans le fait de développer des échanges et relations qui décloisonnent le quotidien. Il sème les graines d’une société plus ouverte où tout le monde a sa place.

Aujourd’hui, de plus en plus d’associations se battent pour que les droits de la personne porteuse de handicap soient respectés, pour que, comme toute autre personne, elle ait une place dans la société, une vie professionnelle, des loisirs, etc.

Différents principes marquent l’importance du droit à l’intégration en accueil extrascolaire :

Le droit à une qualité de vie : l’enfant handicapé a le droit de participer à des activités de loisirs épanouissantes ;

Le respect de la dignité et de la liberté de choix : l’enfant et sa famille ont le droit de choisir le(s) lieu(x) d’accueil qu’ils souhaitent fréquenter ;

Le principe d’égalité des chances et d’accès : l’enfant handicapé a le droit de participer aux activités de loisirs de son choix ;

Le droit au répit : la famille a le droit de prendre du répit et de se ressourcer comme toute autre famille, elle en a même davantage besoin que les autres.

Le refus d’intégrer : Généralement, les principes évoqués ci-contre produisent l’adhésion des personnes. Néanmoins, lorsqu’une demande concrète d’intégration est formulée à l’adresse d’un milieu d’accueil, il se peut que celui-ci la refuse. Il est important de réfléchir aux fondements de ce refus.

Est-il basé sur la faisabilité concrète de l’intégration ou sur des craintes et peurs surestimées ?

Les difficultés et inconvénients les plus couramment évoqués sont issus de représentations. Parmi elles, la crainte d’une surcharge de travail insurmontable, le manque de compétences des animateurs, la crainte de provoquer un afflux de demandes supplémentaires. Il est nécessaire de les évoquer, les travailler, afin de dégager de manière plus objective les réels obstacles à l’intégration et de tenter de les surmonter.

Dans certaines situations, des adaptations sont nécessaires pour qu’une intégration puisse avoir lieu. Il faut donc travailler les conditions de faisabilité de l’intégration. Celles- ci peuvent, par exemple, concerner les conditions de sécurité et d’encadrement. Afin de bien les évaluer, la créativité et les échanges entre parents, animateurs et partenaires de l’enfant doivent être stimulés. Néanmoins, cela n’est pas toujours réalisable rapidement. Le projet d’intégration peut parfois être postposé, le temps de trouver les moyens nécessaires. Il ne s’agit pas, dans ces circonstances, d’un refus mais d’une impossibilité, temporaire ou non, de réaliser l’intégration.

Il est important que l’équipe soit partie prenante du projet d’intégration. Et, même si un animateur se sent moins à l’aise avec un enfant handicapé, il est toujours possible de ne pas l’intégrer dans son groupe.

 

 

Recherche-Action. Bruxelles : Réseau Coordination Enfance asbl, 2005, 168 p.